ISLAM, TERRORISME, BLASPHEME ET LIBERTE D'EXPRESSION

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Pourquoi l'islam interdit les attentats

INTERVIEW. Comme le rappelle le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne, d'après le Coran, le musulman est détruit par le mal qu'il commet.

Propos recueillis par Catherine Golliau - Publié le 22/12/2016 à 06:37 | Le Point.fr

Souleymane Bachir Diagne est philosophe et professeur à l’université de Columbia, auteur, entre autres, de Comment philosopher en islam (Éditions du Panama, 2008). © Photo Antoine Tempé

Le Point.fr : « Musulman » signifie en arabe « soumis » : le croyant se soumet au Dieu unique et tout-puissant. Comment peut-il disposer d'un libre arbitre ?

Souleymane Bachir Diagne : La sourate 2 du Coran est claire à ce sujet : l'humain est le seul être capable de troubler l'ordre établi, parce que Dieu a voulu le créer libre. Le récit de la création en islam est en effet très différent de celui que nous livre la Genèse dans la Bible. Dans cette sourate, Dieu prévient les anges qu'il va se donner un représentant sur terre. Ces derniers s'inquiètent qu'il veuille établir sur terre un lieutenant, un calife. Ne va-t-il pas faire advenir le mal et le sang ? Mais Dieu leur répond : « Je sais que vous ne savez pas. » Et il passe outre. En fait, il crée un fauteur de troubles. Il le fait libre, et cette liberté fait advenir le mal. La conséquence de cette création sera notamment la rébellion d'Iblis, un ange qui refuse de se prosterner devant l'homme et qui dit à Dieu : « Je suis meilleur que lui. Tu m'as fait de feu, et lui d'argile. » Il est le Satan de l'islam, celui qui n'aura de cesse de tenter l'humain pour le faire chuter.

Mais comment se définit le mal en islam ? Est-ce, comme dans le cas d'Iblis, se révolter contre la volonté de Dieu ?

Si l'on se fonde sur le Coran, faire le mal, c'est se faire du tort à soi-même. En arabe, on dit dhulm nafs, faire du tort à son âme. Quand Adam et Ève ont désobéi à Dieu et sont chassés du paradis, ils se repentent et disent : « Seigneur, nous nous sommes fait du tort à nous-mêmes. » En islam, le mal que l'on fait à l'autre nous détruit parce qu'il annihile l'humanité que nous portons en nous. Pour le sage soufi Tierno Bokar, « toute chose retourne à sa source ». Le mal se retourne toujours contre celui qui l'a commis. L'analyse philosophique que j'en fais, et je me place pour cela dans la lignée du grand penseur indien Mohammed Iqbal, est que le mal nous fait oublier qui on est, et donc oublier notre relation à Dieu. De fait, être musulman peut se résumer par trois dimensions : d'abord avoir la foi, iman, en Dieu, son message – le Coran –, et son œuvre – la création. Ensuite, avoir le respect de ce qui fait de soi un musulman. Enfin, l'excellence de caractère, ihsan, en arabe. Dans un hadith célèbre, Mohammed dit : « Adorer Dieu comme si on le voyait en sachant que si on ne le voit pas, lui nous voit. » Il faut agir en ayant constamment la conviction que l'on est en face ou sous le regard de Dieu. Ce qui implique que si l'on vit pleinement sa foi en l'islam, il y a des choses que l'on ne fait pas.

Quel est le rôle de la Loi, la charia ?

Elle définit les bonnes pratiques. Mais c'est un mot valise au sens très étendu. Le Coran ne le cite même pas. Aujourd'hui, elle désigne le comportement que doit suivre le bon musulman tel que l'ont défini au cours des siècles des juristes en se fondant sur le Coran, les hadiths, c'est-à-dire les mots et les gestes du prophète Mohammed et de ses compagnons les plus proches. Ce n'est pas elle qui définit les valeurs éthiques. Celles-ci relèvent d'un humanisme fondé sur la dignité de l'homme, dont le Coran est la base. Comme le dit le verset 30 de la sourate de la Vache, Dieu a créé l'homme pour qu'il soit son « calife », c'est-à-dire son lieutenant sur terre. Le mot « calife » est très fort. Et c'est d'ailleurs la seule référence au califat qui soit présente dans le Coran. L'humain est le lieutenant de Dieu, il tient la terre pour lui. Il est responsable de la création de Dieu. C'est là sa dignité et une responsabilité énorme. C'est donc à partir de cette responsabilité que l'on définit le bien et le mal. Je conseille à tous la lecture du philosophe autodidacte andalou (Hayy Ibn Yaqdhan) d'Ibn Tufayl, du XIIe siècle, qui aurait, dit-on, inspiré Daniel Defoe pour son Robinson Crusoé.

L'histoire d'un enfant sauvage ?

Oui, C'est l'histoire d'un jeune garçon qui, seul sur une île déserte, doit découvrir le monde par lui-même. Il va pour cela développer sa capacité de déduction de manière quasiment scientifique. Mais pour survivre, il doit manger des plantes et des animaux et donc détruire la nature. C'est l'occasion pour lui de prendre conscience non seulement de la grandeur et de la beauté de cette nature, mais aussi de sa responsabilité vis-à-vis de la création voulue par Dieu. Ce qu'il prend, il doit le rendre, d'une manière ou d'une autre. L'homme ne fait que participer à la création, dont il est le gardien.

Les actes du musulman ne sont-ils pas divisés entre ce qui est haram, autorisé, et halal, interdit ?

Contrairement à ce que l'on pense trop souvent, l'islam n'est pas un code, ce n'est pas une religion qui se définit par des pratiques autorisées ou non. Il suffit de lire Le Livre du licite et de l'illicite, le fameux ouvrage d'Al Ghazali, l'un des plus grands théologiens de l'islam, pour se rendre compte que le sujet est beaucoup plus compliqué que l'établissement d'une simple liste de pratiques. Aujourd'hui que sévit une vision rétrécie de l'islam, motivée par une affirmation identitaire et tribaliste, ces notions de licite et d'illicite s'appliquent à tout et n'importe quoi. Or cela ne repose sur rien. Certes, le Coran parle de « licite », mais c'est uniquement pour la nourriture. Et sont considérés comme « licites » les mets sur lesquels le nom de Dieu a été prononcé. Il ne dit rien de plus. Longtemps, les musulmans qui vivaient en Europe ont mangé de la viande « cachère » faute de pouvoir manger de la viande « hallal ». Et le grand mufti égyptien Mohammed Abduh, au début du XXe siècle, n'a pas hésité à considérer comme licite la nourriture tuée dans le monde chrétien selon les rites chrétiens. Le fondamentalisme, notamment salafiste, nie la fluidité juridique de l'islam telle qu'elle a été élaborée au cours des siècles par ses écoles juridiques. Les fondamentalistes veulent aujourd'hui figer cette jurisprudence au mépris des intérêts de l'homme. Or, comme le rapporte un hadith, Dieu a dit : « Nous avons ennobli les enfants d'Adam. » Cette idée de la noblesse de l'être humain, qu'il soit homme ou femme, est essentielle en islam. Celui qui sauve une vie sauve l'humanité. L'homme est au centre de la création, tout doit être fait pour son bien. Ceux qui réduisent l'islam à des pratiques qui nient l'humain ne font que l'instrumentaliser.

S'il fallait définir l'islam par un mot, pourrait-on dire que c'est la religion de la responsabilité, quand le christianisme, par exemple, se définit par l'amour du prochain ?

L'islam n'est pas moins une religion de l'amour qu'une autre. Le grand mystique Rûmi, à l'origine des derviches tourneurs, a dit : « Ma religion, c'est l'amour. » Mais vous avez raison en disant que c'est une religion de la responsabilité par rapport à la création de Dieu. Et c'est même une responsabilité très grande, qui n'a vraiment rien à voir avec l'islam d'Internet.

Le Point Références "Le bien et le mal" est vente en kiosque pendant deux mois, ou disponible dans notre boutique. 7,50 euros.

Souleymane Bachir Diagne est philosophe et professeur à l'université de Columbia, auteur, entre autres, de Comment philosopher en islam (Éditions du Panama, 2008), L'Encre des savants : réflexion sur la philosophie en Afrique (Présence africaine, 2013) et, avec Philippe Capelle-Dumont, de Philosopher en islam et christianisme (Cerf, 2016).


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Caricaturer le prophète ? Ce qu’en dit le Coran, ce qu’en font les hommes ...

L’historienne et anthropologue Jacqueline Chabbi, grande spécialiste des origines de l’islam, explique comment la figure de Mahomet est piégée entre caricatures et images saintes.

Par Jacqueline Chabbi (Historienne)

Publié le 14 novembre 2020 à 18h00

Temps de lecture 6 min

Représentation de la monture miraculeuse qui permet à Muhammad de visiter les cieux lors du Mi’râdj, le voyage céleste. Ce voyage est inventé dans la tradition musulmane postérieure au Coran mais connaît un grand succès jusqu’à l’époque moderne. Cette image a été publiée à Tunis par la librairie al-Manâr, probablement au début du XXe siècle.

En tant qu’homme, celui que le monde musulman considère comme un prophète est mort en 632 de l’ère commune soit au début de l’an 11 de l’hégire. Alors, face à ceux qui prétendent défendre une figure qu’ils sacralisent et qui se clament choqués lorsqu’ils sont mis en présence d’un dessin de presse, il peut être important de revenir au cadre de vie historique de celui qu’ils veulent venger.

Peut-on comparer Yahvé et Allah ?

Le Coran connaît effectivement une notion que l’on pourrait, à première vue, assimiler à « l’offense ». Ainsi est-il question de ceux qui s’en prennent (verbalement), yu’dhûn, à celui que le Coran nomme soit le Prophète (al-nabî) soit le Messager d’Allâh (rasûl Allâh), comme dans la sourate IX, verset 61 et la sourate XXXIII, verset 57. Il s’agit donc bien de Muhammad. A ceux qui font cela, donc aux contemporains de Muhammad qui le contestent, le Coran promet un « tourment douloureux », ’adhâb alîm.

Le châtiment dans les seules mains d’Allah

Certains, aujourd’hui, croient manifestement qu’un tel passage peut les conduire à armer leur bras pour appliquer eux-mêmes le châtiment promis. Il n’en est évidemment rien. C’est un total contresens sur le texte sacré dont ils se réclament. Dans le Coran, le tourment désigné par le terme ’adhâb est dans la main du divin et de lui seul. Il n’y aucune ambiguïté à cet égard. Aucun homme n’est en mesure de s’en attribuer l’exécution. Il s’agit en outre d’une menace qui est le plus souvent de type eschatologique, comme dans les versets signalés, ou alors il est question des légendes de peuples disparus ou de cités détruites (sourate XVIII, v. 59), dans la disparition et la destruction desquels le Coran voit la main de son dieu, qui serait ainsi en capacité d’exercer sa vengeance en ce monde.

De la difficulté de dessiner Mahomet

Mais il y a beaucoup plus significatif encore si on interroge le Coran à partir des mots de son texte et de leur valeur d’usage dans la société de Muhammad, au VIIe siècle, en Arabie. Le mot que l’on peut comprendre aujourd’hui comme l’« offense » et qui serait passible du tribunal est représenté dans la société du Coran et dans le Coran lui-même comme un « dommage », adhâ. Mais dans la mesure où ce dommage reste dans l’ordre de la parole, même s’il s’agit d’une insulte – comme c’est le cas dans CVIII, 3 ou LXIII, 8 –, ce dommage n’entraîne aucune sanction. Dans ce cas, il est simplement conseillé de pratiquer le tawakkul, autrement dit la « remise » au divin qui saura, lui, punir comme il se doit (XXXIII, 48 ; XIV, 92). Dans la société du Coran, ce que l’on pourrait appeler le dommage moral n’était donc pas sanctionnable. Tout au plus pouvait-on répondre sur le même ton, notamment par l’intermédiaire de la poésie satirique, qui était l’un des arts les plus prisés dans la société de l’époque.

L’indifférence ou la caricature en retour

Si donc on transpose cette disposition du Coran dans les conditions d’aujourd’hui, cela reviendrait à dire qu’à la caricature jugée insultante ne peut répondre que l’indifférence ou alors une caricature en retour. En revanche, il en allait tout autrement du dommage physique qui entraînait blessure ou mort. Dans ce cas, que l’acte soit intentionnel ou non, c’était le qisâs qui s’appliquait, autrement dit la règle de compensation du dommage dite aussi loi du talion, à moins qu’un arrangement puisse être trouvé entre les parties, ce que recommande d’ailleurs le Coran (sourate II, v. 178-179 ; sourate V, v. 45). Telles étaient les règles de sagesse et de pragmatisme de cette société du passé qui était aussi celle du Coran. On tenait plus que tout à y préserver la vie.

Le Coran, les femmes et l’Arabie du VIIe siècle

Comment donc en est-on arrivé là aujourd’hui, dans le monde musulman, mais aussi en dehors de lui ? Comment, quand il est question d’islam, au fantasme des uns pouvant jusqu’à conduire au crime répond l’invective ou le jugement de valeur pontifiant des autres ? On est ici face à un problème de représentation du passé. Dans le monde musulman, du fait de contingences historiques diverses, la représentation manipulée du passé amenant à en sacraliser les figures est devenue un enjeu du présent. Mais alors qu’en dehors du monde musulman, nous ne souffrons pas du même handicap idéologique, et que ce qu’on appelle l’histoire critique des textes pourrait s’écrire, nous sommes fort loin du compte. Pour le réaliser, il suffit d’observer notre propre usage des mots qui est bien loin de ce qu’il devrait être pour se donner une vision rationnelle et objective de ce qu’on nomme islam.

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Caricature négative et positive, deux images fausses du passé

Mahomet, en arabe Muhammad, est ordinairement désigné comme « le Prophète de l’islam ». Cette désignation qui va de soi dans le discours courant, se retrouve le plus souvent de la même façon dans les écrits savants, y compris ceux qui s’inscrivent dans le registre historique. Faisant cela, on ne se rend pas compte qu’on ne fait que produire une formulation de type idéologique. Désigner d’emblée un homme du passé comme « prophète », c’est déjà le confondre avec une figure qui n’est plus tout à fait humaine en tant qu’elle est reliée à la surnature et au divin. On pourrait dire à ce compte que l’image qui attribue à un homme un surplus de sainteté ou de sacralité constitue par rapport à son statut humain une caricature positive.

Le terme caricature renvoie en effet étymologiquement à ce qui « charge » et « leste de poids ». Il s’emploie ordinairement pour désigner une charge négative. La caricature en dessin consiste en effet à exagérer les traits d’un personnage en produisant une déformation qui veut prêter à rire, voire à ridiculiser. Mais, en fait, du négatif au positif, le processus est le même, celui d’un ajout et d’une transformation du réel dans la représentation qu’on en donne. On pourrait donc faire le parallèle entre l’image caricaturale négative et celle qui, à l’inverse, cherche à représenter un surcroît de vertu et de beauté. Au lieu de prêter à rire voire à dénigrer, l’image surchargée de positivité donne à admirer voire à adorer. Elle tend à s’inscrire dans un processus de sacralisation. C’est le cas de la représentation visuelle, celle de l’image sainte comme de l’icône. Mais, d’une façon plus générale, c’est aussi le cas de la figure construite dans le discours, celle qui finit par s’imprimer dans l’imaginaire collectif pour produire une représentation commune. C’est à ce type de représentation que l’on a affaire dans le monde musulman d’aujourd’hui autour de la figure du Prophète. On se mobilise en foule autour de la représentation d’une figure positive partagée que l’on dit offensée par l’image inverse de caricatures de presse qui sont produites dans des pays où cette expression publique de dérision est permise.

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On ne peut offenser ni une figure ni une image

Pourtant, si on peut offenser un homme, on ne peut offenser ni une figure ni une image. Aujourd’hui, un homme peut en effet répondre de diverses façons à l’offense qui lui est faite. Il peut le faire en s’en prenant lui-même à celui qui l’offense ou aller devant les tribunaux pour réclamer justice. Par contre, cette action que peut mener un homme vivant, une figure ne le peut pas. Elle est de l’ordre de la représentation mentale oralisée dans un discours, ou pour l’image, de l’ordre de la représentation visuelle. L’homme vivant et la figure ne sont donc pas sur le même plan. En parlant d’offense à la figure du Prophète, aussi adulé soit-il, on est donc clairement dans l’abus de langage. J’avoue être particulièrement étonnée que l’on s’en rende aussi peu compte en tant qu’humains doués de raison et formés depuis maintenant plusieurs siècles à la lecture éclairée des textes.

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Jacqueline Chabbi, bio express

Historienne et agrégée d’arabe, Jacqueline Chabbi est professeure honoraire des universités. Elle a renouvelé l’approche des origines de l’islam par l’anthropologie historique. Elle est l’auteure des essais « le Seigneur des tribus » (CNRS, 2013), « le Coran décrypté » (Le Cerf, 2014) et « les Trois Piliers de l’islam » (Seuil, 2016). Dernier ouvrage paru : « On a perdu Adam. La création dans le Coran » (Seuil, 2019). Le 24 septembre dernier, elle a publié un livre de dialogue avec Thomas Römer : « Dieu de la Bible, Dieu du Coran », aux éditions du Seuil.Jacqueline Chabbi (Historienne)

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Le droit au blasphème et le droit au respect

Publié le 20-11-20 à 09h48 - Mis à jour le 20-11-20 à 10h26

Si le "droit au blasphème" c’est le droit de manquer de respect aux convictions de l’autre et ainsi de les humilier, cela ne conduit certainement pas à une société fraternelle.

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© AFP & D.R.

Une chronique de Charles Delhez sj.

Si, par "droit au blasphème", on entend liberté religieuse, refus de la pensée unique en matière religieuse, droit à un examen libre et donc aussi critique, pour soi personnellement ou dans le dialogue, on ne peut qu’être d’accord. Si, par contre, c’est le droit de manquer de respect aux convictions de l’autre et aux personnes elles-mêmes, sans la moindre délicatesse, et ainsi de les humilier, voilà qui ne conduit certainement pas à une société fraternelle. Selon Wikipédia, en effet, le blasphème désigne à l’origine le fait de "parler mal de quelqu’un, injurier, calomnier". Et l’on n’est pas toujours loin des origines.

Le droit au blasphème ouvre à la violence verbale ou caricaturale. Il opère comme une incitation au mépris voire à la haine qui se cache derrière, directement ou indirectement, en mettant les rieurs de son côté. C’est bel et bien de la provocation, et les conséquences le prouvent. (Je ne vise pas ici le professeur Samuel Paty décapité à Conflans-Ste-Honorine.)

Bien sûr, tuer au nom de Dieu est aussi de l’ordre du blasphème et mérite tout autant d’être condamné. Ce Dieu-là n’est d’ailleurs qu’une idole. J’espère donc que la communauté musulmane se réveillera et prendra de plus en plus conscience du caractère inacceptable de ces comportements aux yeux mêmes de leur foi. Heureusement, des voix plus nombreuses qu’il y a peu s’élèvent dans leurs rangs pour condamner ce fanatisme. Je me souviens avec émotion de la visite de trois croyants musulmans, manifestement envoyés par leur communauté pour me saluer à la fin de la messe, le dimanche de Toussaint. Ils voulaient tout simplement manifester leur sympathie aux chrétiens suite aux attentats en France.

Une "difficulté congénitale"

La "laïcité à la française" est un problème franco-français lié à l’histoire religieuse de l’Hexagone. Les événements de ces jours-ci, quant à eux, relèvent plutôt du fameux "choc des civilisations" de Samuel Huntington. Deux cultures totalement différentes sont en présence. Tentons de les harmoniser plutôt que de les exacerber. Seules les valeurs positives font grandir la fraternité, et la première d’entre elles est sans doute le respect.

Et le droit à l’expression ? Je préfère la façon outre-Atlantique. La frontière n’y est pas aussi étanche entre le privé et le public au niveau religieux. Un président peut faire allusion à sa foi dès son premier discours. En Europe, on soutient les caricatures, mais peu d’hommes politiques oseraient émettre des propos aux relents religieux.

Reconnaissons que chez nos voisins - mais aussi chez nous -, il y a une "difficulté congénitale à donner une place au fait religieux, toutes confessions confondues, comme si les religions constituaient en soi une menace contre la paix civile", ai-je pu lire sous la plume de William Marx, professeur au Collège de France. Et du coup, toutes les grossièretés sont permises. Le risque, craint l’évêque d’Albi, serait de donner l’impression que "la quintessence de l’esprit français réside dans la vulgarité et la malveillance".

Des extrémismes au dialogue public

Le frère dominicain Adrien Candiard, dans son récent Du fanatisme. Quand la religion est malade (Cerf 2020), stigmatise l’exclusion de la théologie dans nos sociétés occidentales, c’est-à-dire d’un discours raisonné et critique sur la foi et sur Dieu. Une société qui se refuse à toute réflexion publique sur la question fondamentale de l’existence de Dieu et des religions, qui exclut toute position croyante du débat public, se condamne à l’apparition d’extrémismes.

Une des solutions réside dans une information juste et bien informée, une permission d’aborder sérieusement ces questions sur la place publique, entre croyants, mais aussi avec les non-croyants, sans être traité aussitôt de ringard ou de blasphémateur. Il ne suffit pas d’alarmer, d’informer, encore faut-il se former. La question religieuse traverse les siècles. Elle est une constante anthropologique. Elle mérite plus que du mépris déguisé en liberté d’expression.


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LA FRANCE EST-ELLE COMPATIBLE AVEC L'ISLAM ?

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DÉMISSION DE L’ORDRE DE LA LÉGION D’HONNEUR FRANÇAISE

PAR AMADOU TIDIANE WONE

EXCLUSIF SENEPLUS - Aujourd’hui, je ne me sens pas honoré de partager le même ordre que Samuel Paty pour des raisons profondes et sacrées. Emmanuel Macron, vous avez cherché à transformer les outranciers en héros

Amadou Tidiane Wone | Publication 12/11/2020

Lettre ouverte à Emmanuel Macron

Contexte. Un journal presque confidentiel, Charlie hebdo ex Hara-kiri, a fait de la provocation son style et de l'outrance son gagne-pain. Tant que ces dérives restaient confinées dans l'espace hexagonal, ou le cercle limité de la francophonie, l'on aurait pu ne pas s'y intéresser outre mesure. En effet : « avant janvier 2015, Charlie Hebdo sortait tout juste d'une période financièrement difficile. Avec un tirage de 60 000 exemplaires et moins de 30 000 ventes par semaine (dont environ un tiers sur abonnement)…» Source Le Point

Ainsi donc, ce canard boiteux de la presse de caniveau cherchait désespérément le moyen de se sortir du trou dans lequel l’indifférence publique l'avait confiné. Quoi de mieux, pour faire parler de soi, que de s'attaquer à une célébrité, se sont dit les promoteurs de ce torchon. Et qui est plus célèbre que le Prophète de l’Islam ? Plagiant, sans honte, le précurseur danois en ignominie, la rédaction de Charlie Hebdo publie, à la Une, un dessin qui masque à peine l’indigence mentale de son auteur. Avec un seul objectif subliminal : créer le buzz afin d'augmenter leurs ventes et sauver leur journal de la faillite. Jusqu'ici rien de glorieux. Ni de héroïque. Rien que du pilotage, à courte vue, d'une rédaction qui tente de sauver son organe du naufrage.

Il se trouve que Charlie Hebdo n'avait pas pris la pleine mesure de l'outrage, ni de ses conséquences telluriques, sur près de deux milliards de croyants dont le Prophète Mouhammad (PSL) est le leader, la référence, la boussole.  Cet homme exceptionnel est à la tête d'une communauté humaine multiraciale, enjambant frontières administratives et étatiques, toutes conditions sociales confondues, depuis 14 siècles ! Qui dit mieux ?  Le Coran, dont il est le transmetteur, est le livre au plus fort tirage de tous les temps : plus de 3 milliards d’exemplaires, vendus ou offerts, en circulation permanente ! Rien à voir avec les plus forts tirages de Charlie Hebdo au pic de la polémique. Plutôt de la bulle médiatique, malencontreusement entretenue par quelques marginaux de la classe politique et intellectuelle française. Au mépris de toutes les valeurs fondatrices de la civilisation de l’universel, entendue comme la confluence des différences qui exhaussent et expriment ce que l’homme est de meilleur. En effet, une ambiance délétère de stigmatisation de la communauté musulmane mondiale prend forme et pourrait donner naissance, si des esprits éclairés ne se manifestent, à une tragédie universelle aux conséquences incalculables.

Monsieur le président Emmanuel Macron,

Dans ce contexte périlleux, l'on se serait attendu, de la part du dirigeant de la France, à un certain sens de la mesure ou, tout au moins, à de la retenue. En plus d'une capacité de discernement qui apprécie correctement les risques géopolitiques et stratégiques d'une confrontation avec le monde musulman. Bien au contraire ! Et depuis la republication de dessins insultants et inadmissibles pour les musulmans, vous avez pris fait et cause pour la transgression. Vous avez cherché à transformer les outranciers en héros.  Au mépris de la profondeur de la peine causée à des milliards de croyants. Les yeux rivés sur les enjeux de la politique intérieure française, notamment la récupération de l’électorat des extrêmes, vous procédez à une théâtralisation de la douleur compréhensible des familles des victimes, pour tenter d'en faire le ciment d'une légitimité populaire qui vous fait tant défaut. A l’excès. Les autorités danoises n’avaient pas emprunté ce chemin déraisonnable. Un chef d’Etat doit se tenir à équidistance des communautés qui composent la Nation qu’il dirige. Nul ne peut plus nier l'existence d'une composante musulmane de la nation française ! Héritage de l’histoire coloniale de la France, conversions de plus en plus nombreuses de citoyens français de souche. L’islam, en France, est une réalité en constante progression. N'en déplaise à ceux qui veulent réduire la France à leurs fantasmes d'un monde révolu qui a donné naissance à de nouvelles réalités humaines, démographiques et sociales.

Outre le fait qu'il est de plus en plus discutable de faire porter le chapeau systématiquement, à l’islam et aux musulmans pour tout attentat terroriste, il est temps de se demander pourquoi l’assassin de Samuel Paty a été tué au lieu d’être arrêté pour les besoins de l’enquête. C’était juste un adolescent armé d'un… couteau face à une brigade d'intervention de la police française. Des professionnels donc. Il n'est pas interdit de réfléchir non plus…

Au sujet de Samuel Paty, il serait judicieux de se demander s'il est légitime, dans une démocratie qui repose sur le triptyque : Liberté-Égalité-Fraternité, de demander à une partie des élèves de sa classe de sortir parce que le cours qu'il allait donner pourrait les choquer. Monsieur Paty savait donc, dès le départ, qu'il allait faire du mal. Ne serait-ce qu'à certains de ses élèves qui ne sont coupables de rien. Comment qualifier cette posture ? Liberté d’expression ou provocation inutile ? Ce débat de fond est noyé dans l'unanimisme de façade imposé par le rouleau compresseur médiatique qui nous empêche, même de penser.

En conséquence, au nom de quelle idée de l’honneur avez-vous décidé de porter monsieur Paty à la dignité de récipiendaire des insignes de l’ordre de la Légion d'Honneur française ? Pour un acte, au fond, indigne d'un enseignant digne de ce nom ? Chargé de porter les esprits de ses élèves à maturité,  pour les rendre aptes à vivre dans un monde multiracial et multiconfessionnel où chaque être a le droit inaliénable de vivre dans la paix, monsieur Paty est passé à côté de sa mission. Par-delà l’émotion, il faut aussi faire appel à la raison. Sans passion ni animosité. En toutes circonstances, la République doit rester équitable et équidistante. C'est cela son honneur.

Démission. Lorsque j'ai été décoré et porté à la dignité d’officier de l’ordre de la légion d'honneur française, j'en avais éprouvé une certaine fierté. Je m'honorais de rejoindre le cercle prestigieux de ceux dont la France célèbre le mérite en dépit des vicissitudes de l'Histoire. Et j'ai toujours arboré avec fierté la rosette au revers de mon veston comme un symbole de fraternité à réinventer, de liberté à célébrer et d’égalité à conquérir.

Francophone et francophile sur bien des aspects culturels et artistiques, je suis musulman, africain et noir. C'est de ce promontoire que je m'adresse à vous.

Aujourd’hui, je ne me sens pas honoré de partager le même ordre que Samuel Paty pour des raisons profondes et sacrées. La défense de l’honneur du Prophète Mouhammad (PSL) passe, pour moi, bien avant la simple vanité d'une distinction temporelle. Musulman, je répète plusieurs fois par jour l'attestation selon laquelle : « Il n'y a de Dieu Qu’Allah et Mouhammad est son Messager. » Cette conviction donne son sens à tous les actes posés, au quotidien et en toutes circonstances, par chaque musulman. Je devrais dire chacune de nos respirations, célèbre Allah et Son Messager ! Car nos regards de mortels scrutent l’horizon de la vie éternelle avec foi, certitude et confiance.

Nous ne vivons donc pas dans le même monde monsieur Macron !

Et nous sommes près de deux milliards d’êtres humains à nous tourner 5 fois par jour, au moins, dans la même direction (la Kaaba) pour affirmer notre soumission volontaire à l'Ordre divin qui nous a été transmis par le Prophète de l’Islam. De votre univers, vous nous prenez certainement pour des attardés ! Je ne vous dirai pas ce que nous pensons de vous. Car la tolérance religieuse est la marque de fabrique de la dernière religion révélée : l'Islam. Celle qui a confirmé toutes les révélations antérieures ! la Torah, l’évangile et le Coran ont jailli de la même source. Moise, Jésus et Mouhammad sont frères, Prophètes et envoyés du même Dieu : Allah ! Tels sont les principes fondateurs non négociables de l’Islam, religion de synthèse et de restauration de l'harmonie au sein de toute l’humanité.

Au nom de tout ce qui précède, et de tout ce que mon cœur contient d’inexprimable, je démissionne de l’ordre de la légion d’honneur française et tiens à la disposition de l’Ambassade de France à Dakar les insignes et l’attestation y afférents.

Pour l’honneur du Prophète Mouhammad !

(Paix et Grâces divines sur Lui et sa sainte famille)

Amadou Tidiane Wone, ancien ministre, ancien Ambassadeur

woneamadoutidiane@gmail.com

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PAR L'ÉDITORIALISTE DE SENEPLUS, SERIGNE SALIOU GUÈYE

SERIGNE SALIOU GUÈYE DE SENEPLUS | PUBLICATION 21/10/2020

DROIT AU BLASPHÈME, MON MESSAGE À MACRON

EXCLUSIF SENEPLUS - Quand on dispense un enseignement et que l’on est conscient qu’une partie de ses apprenants n’en est pas réceptive, il y a lieu de revoir le contenu de son message

Le vendredi 16 octobre dernier, vers 17h, un professeur d’histoire du nom de Samuel Paty a été décapité sur la voie publique non loin de son collège du Bois d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine, en région parisienne. Il avait montré récemment à ses élèves des dessins faisant la satire de Mahomet (PSL) lors d’un cours sur la liberté d’expression. L’indécence de sa satire ne me permet pas d’entrer dans les détails choquants. Cet assassinat a soulevé l’ire et l’indignation de l’Etat français et de toutes les forces syndicales et organisations civiles. Le dimanche 18 octobre, les Français ont battu le pavé pour défendre la liberté d’expression qui est une valeur fondamentale de la République.

Le président Emmanuel Macron, lors de son discours prononcé le 4 septembre 2020 au Panthéon, pour la célébration des 150 ans de la République, donnait encore un blanc-seing aux insulteurs du prophète de l’Islam (PSL) à travers ces propos : « C’est la liberté de conscience, et en particulier la laïcité, ce régime unique au monde qui garantit la liberté de croire ou de ne pas croire, mais qui n’est pas séparable d’une liberté d’expression allant jusqu’au droit au blasphème. Et je le dis au moment où s’ouvre le procès des attentats de janvier 2015. Être Français, c’est défendre le droit de faire rire, la liberté de railler, de moquer, de caricaturer. » Le dictionnaire Larousse définit le blasphème comme une « parole ou un discours qui outrage la divinité, la religion ou ce qui est considéré comme respectable ou sacré ».

Et voilà qu’un professeur d’histoire, Samuel Paty, au nom de cette liberté de caricaturer, de blasphémer encouragé par Macron et d’autres libres penseurs français n’a pas trouvé autre support que les caricatures de Charlie Hebdo qui avait déjà causé la mort de 12 personnes en 2015. Pourtant, connaissant la sensibilité du sujet, il a demandé précautionneusement aux élèves musulmans de sortir quelques minutes pour ne pas être choqués. Donc il était conscient que ces photos indécentes sur le prophète de l’Islam (PSL) allaient heurter ces enfants qui n’ont pas encore atteint la majorité. En faisant sortir de sa classe les élèves musulmans, il a même violé ce principe de l’égalité républicaine parce qu’il a dispensé un cours à un groupe d’élèves en dispensant un autre de le suivre. Et les faire sortir, c’est les discriminer en montrant à leurs autres camarades de classe qu’ils ne partagent pas avec eux cette fraternité qui fait qu’une même classe ne peut pas recevoir un enseignement à géométrie variable. Selon la loi de programmation et d’orientation française, « l’école doit être l’école commune de tous les élèves, les accueillir tous ensemble sans distinction en assurant l’égalité des chances en permettant à chaque élève d’accéder aux savoirs et aux compétences indispensables pour poursuivre sa scolarité et construire son avenir. Par conséquent, l’école française doit être l’école commune de tous les élèves, les accueillir tous ensemble sans distinction. » Mais Samuel Paty, en décidant de faire sortir une partie des élèves pour ne pas les choquer, a fait preuve de distinction voire de séparation entre des élèves qui appartiennent à une même communauté éducative. Il a, par son geste, brisé le vivre-ensemble scolaire et c’est cela que les autorités françaises devaient condamner. Les principes de la fraternité s’apprennent plus par les expériences du vivre-ensemble que par les leçons de civisme ex-cathedra. Quand on dispense un enseignement et que l’on est conscient qu’une partie de ses apprenants n’en est pas réceptive, il y a lieu de revoir le contenu de son message blessant.

Alors, quelle est cette morale axiologique qui, au nom de la liberté d’expression, admet de manquer consciemment de respect à la croyance d’autrui ? L’amour que chaque musulman ressent pour son Prophète (PSL) est incommensurable. Ainsi, le défendre devient une obligation qui incombe à tout musulman et musulmane au même titre que de l’aimer et de suivre ses recommandations. S’en prendre à lui, c’est s’attaquer à ces deux milliards de personnes qui ne vivent que pour lui et qui sont prêtes à perdre leurs vies pour faire face à ses blasphémateurs. Cette dimension spirituelle élevée qui consiste à se détacher de sa vie avec félicité au nom de sa croyance religieuse est difficilement appréhensible chez un peuple qui a exclu Dieu et ses prophètes de sa matrice de croyances pour épouser la franc-maçonnerie, l’agnosticisme ou l’athéisme.

La religion chrétienne n’est pas pour autant épargnée par ces provocations blasphématoires. Ainsi, par ordonnance de référé en date du 23 octobre 1984, à la requête de l’association Saint-Pie X, le tribunal a interdit l’affiche du film Ave Maria qui blasphème la mère du Christ, la meilleure des femmes de l’humanité. Quand en 1988, le film américain « The last temptation of Christ » réalisé par Martin Scorsese est sorti sur les écrans en France, un groupe fondamentaliste catholique a incendié une salle du cinéma Espace Saint-Michel à Paris pour protester contre la projection du film blasphématoire. D'autres incendies seront perpétrés à la salle du Gaumont Opéra ainsi qu'à Besançon. Un attentat du même groupe causera le décès d'un spectateur. C’est donc montrer jusqu’où les adeptes de toute religion peuvent aller pour défendre ce qu’ils ont de plus cher.

En réaction à la mort du professeur d’histoire, Samuel Paty, le président Macron a déclaré ces propos irresponsables : « L'obscurantisme et la violence qui l'accompagnent ne gagneront pas. Tous et toutes, nous ferons bloc. Ils ne passeront pas. Ils ne nous diviseront pas. C'est ce qu'ils cherchent et nous devons nous tenir tous ensemble. » Dans le même sillage d’irresponsabilité, son Premier ministre Jean Castex a déclaré sur twitter que « leurs enseignants continueront à éveiller l'esprit critique des citoyens de la République, à les émanciper de tous les totalitarismes et de tous les obscurantismes ». Mais le chef de l’Etat français, son Premier ministre et tous les Français qui pensent comme eux doivent reconnaître que l’inconsciencieux professeur d’histoire a été le premier à semer la division au sein de cette communauté d’élèves en réservant exclusivement une partie de son enseignement aux élèves non-musulmans. Une telle attitude sectaire est condamnable chez tout enseignant. L’école de la République n’attise pas les discriminations, n’encourage pas la haine communautariste mais brise les cloisons des différences.

Parler d’obscurantisme et de violence en faisant référence à l’Islam, c’est ignorer littéralement les valeurs et fondements de cette religion dont le nom symbolise la paix et la lumière comme l’avait si bien déclaré l'ancien ministre français Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe (IMA), le 15 janvier 2015 lors d’un forum consacré au renouveau du monde arabe. Aujourd’hui, Macron vante l’Europe des Lumières athée, agnostique pour dénigrer ces peuples croyants encore engoncés dans l’obscurantisme des religions. Alors que cette Europe des Lumières est celle des catégorisations humaines fondées sur la théorie de la hiérarchie des races. Et cette théorie de la suprématie raciale jaugée à l’aune des progrès scientifiques fera le lit des deux guerres les plus meurtrières de l’humanité et jeté les bases du système d’exploitation de l’homme par l’homme appelé pudiquement colonialisme. Ces guerres inspirées par les progrès des Lumières feront plus de 80 millions de morts en l’espace de trois décennies. Si dans l'Europe des Lumières, des penseurs se sont levés pour dénoncer et combattre l'esclavage, c’était laisser la place à une idéologie d’exploitation plus intelligente et moins « inhumaine » qui théorisait que les Européens étaient dans l’obligation de « civiliser » le reste du monde. Alors, quoi de plus obscurantiste qu’un peuple qui, par sa puissance armée, prétend en dominer d’autres au nom d’une pseudo-mission civilisatrice ?

La liberté d’expression se heurte aussi à des notions de responsabilité collective. Il est facile pour des mécréants de percevoir des caricatures pornographiques comme de simples dessins humoristiques provocateurs. Guido Westerwelle le ministre allemand des Affaires étrangères entre 2009 et 2013 s’était prononcé dans une interview sur la publication en 2006 de caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo en affirmant que « la liberté signifiait aussi la responsabilité ».  Il ajoutait que « parfois la question n'est pas de savoir si on a le droit de faire quelque chose mais de savoir si on doit le faire. La liberté d'opinion ne signifie pas le droit d'insulter ceux qui ont une autre religion ou une autre opinion et de troubler ainsi sciemment la paix publique ». Malheureusement, cette société française où l’irréligion monte en flèche (70% ne se réclament d’aucune religion) ne comprend pas encore que la liberté d’expression n’est pas un imprimatur pour insulter la croyance d’autrui. D’ailleurs cette liberté de blasphémer sonne comme une exception française dans une Europe où plusieurs pays répriment toujours le délit en la matière. En Allemagne, le code pénal sanctionne « l’insulte aux croyances religieuses ». En Pologne, il interdit l’injure au sentiment religieux « par le recours à la calomnie publique d’un objet de croyance ». L’Italie, dans l’article 724 de son code pénal, punit « quiconque publiquement blasphème, avec des invectives ou des paroles outrageantes, contre la divinité ou les symboles vénérés dans la religion d’Etat ». Et la liste est loin d’être exhaustive.

Le Souverain pontife, Pape François estime que « la liberté d’expression ne doit pas servir de prétexte pour insulter la foi d’autrui et que chaque liberté s’arrête là où commence une autre, en l’occurrence la liberté de religion ». Et c’est malheureux que la société française devenue athée, agnostique, franc-maçonne ne soucie plus de la foi de ceux qui croient à Mahomet (PSL) ou au seigneur Jésus.

Les musulmans considèrent les moqueries, les caricatures et autres insultes contre le Prophète comme pires que des insultes qui seraient proférées envers leurs propres parents, leur famille, et même contre eux-mêmes. C’est pourquoi, ils insupportent et insupporteront toujours que Mahomet (PSL) qu’ils considèrent comme le meilleur des hommes soit moqué, caricaturé, insulté au nom d’une provocante liberté d’expression. Et ce, au prix d’ôter la vie à tout blasphémateur ou de perdre les siennes !

sgueye@seneplus.com

Charlie Hebdo: la France ne «va pas changer» son droit sur la liberté d’expression «parce qu’il choque ailleurs», réaffirme Emmanuel Macron

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Publié le lundi 16 Novembre 2020 à 07h21

Par Sudinfo avec AFP

Emmanuel Macron a regretté lundi la relative timidité du soutien international après les derniers attentats dans le pays, et réaffirmé que la France n’allait pas « changer » son droit sur la liberté d’expression « parce qu’il choque ailleurs ».

AFP

Dans un entretien publié par la revue en ligne Le Grand Continent, le président français relève que, « il y a cinq ans, quand on a tué ceux qui faisaient des caricatures (dans l’hebdomadaire Charlie Hebdo, NDLR), le monde entier défilait à Paris et défendait ces droits ».

« Là, nous avons eu un professeur égorgé, plusieurs personnes égorgées. Beaucoup de condoléances ont été pudiques », souligne-t-il, en faisant référence à la mort du professeur Samuel Paty le 16 octobre et de trois personnes à Nice le 29.

« Et, poursuit-il, on a eu, de manière structurée, des dirigeants politiques et religieux d’une partie du monde musulman – qui a toutefois intimidé l’autre, je suis obligé de le reconnaître – disant : ’ils n’ont qu’à changer leur droit’. Ceci me choque (…) Je suis pour le respect des cultures, des civilisations, mais je ne vais pas changer mon droit parce qu’il choque ailleurs ».

Il fait référence aux appels à manifester lancés dans plusieurs pays musulmans après ses propos défendant le droit à la caricature prononcés au cours de l’hommage national à Samuel Paty.

Pour Emmanuel Macron, « c’est précisément parce que la haine est interdite dans nos valeurs européennes, que la dignité de la personne humaine prévaut sur le reste, que je peux vous choquer, parce que vous pouvez me choquer en retour. Nous pouvons en débattre et nous disputer parce que nous n’en viendrons jamais aux mains puisque c’est interdit et que la dignité humaine est supérieure à tout ».

Mais « nous sommes en train d’accepter que des dirigeants, des chefs religieux, mettent un système d’équivalence entre ce qui choque et une représentation, et la mort d’un homme et le fait terroriste – ils l’ont fait –, et que nous soyons suffisamment intimidés pour ne pas oser condamner cela », poursuit-il.

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« Ne nous laissons pas enfermer dans le camp de ceux qui ne respecteraient pas les différences. C’est un faux procès et une manipulation de l’Histoire », réagit Emmanuel Macron. De ce fait, « le combat de notre génération en Europe, ce sera un combat pour nos libertés. Parce qu’elles sont en train de basculer », avertit-il dans ce long entretien accordé à la revue éditée par le Groupe d’études géopolitiques, une association indépendante domiciliée à l’École normale supérieure (ENS).


International

Ségolène Royal: “Certaines caricatures de Mahomet sont insultantes”

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Par: 7sur7.be | 16 novembre, 2020 à 11:11:05 |

Segolene Royal

Ségolène Royal, ancienne candidate socialiste à la présidence de la République française et ex-ministre, a évoqué le débat, sensible, de la liberté d’expression en France.

Après l’assassinat de Samuel Paty, décapité en octobre par un jeune islamiste parce qu’il avait montré des caricatures du prophète Mahomet à ses élèves, le président Emmanuel Macron a réaffirmé le droit à la liberté d'expression en France, pays laïc, et notamment le droit au blasphème. Lors des obsèques du professeur, le président a déclaré qu’il allait “continuer avec les caricatures.

Une phrase qui a fait tiquer Ségolène Royal, invitée ce lundi matin sur CNEWS. “Je pense qu’il a fait une erreur", explique la socialiste au sujet de cette phrase d’Emmanuel Macron. “Il continue avec la liberté d’expression, pas avec les caricatures qui blessent des millions de personnes à travers le monde”, recadre-t-elle. “Il faut faire très attention à ne pas déraper, à ne pas franchir la ligne du droit et des devoirs de la personne humaine. Et toute liberté d'expression, dans le droit français, est limitée par l’interdiction de l’injure publique ou de la mise en danger d’autrui”, rappelle l’ancienne ministre.

“On a une devise française: liberté, égalité, fraternité. Donc la liberté oui, mais la liberté ce n’est pas le droit de faire n’importe quoi (...) Il y a des droits et des devoirs. Et les devoirs installés par la République c’est la fraternité qui vient rééquilibrer la liberté”, insiste Ségolène Royal. “C’est quoi la fraternité ? C’est l’interdiction de choquer, d’humilier, d’insulter. C’est la prise en considération de la souffrance des autres pour pouvoir rectifier un certain nombre de choses. Et la liberté, ce n’est pas le droit de dire n’importe quoi, n’importe comment”, poursuit-elle.

“Je ne suis pas pour l’interdiction des caricatures mais je ne suis pas pour cautionner et dire que les caricatures, c’est bien. Je pense que certaines caricatures de Mahomet sont insultantes. Toutes les caricatures pornographiques, je comprends que certains se sentent insultés par cela y compris des musulmans qui ne sont ni intégristes, ni radicaux”, conclut Ségolène Royal.

Liberté d'expression : Ségolène Royal critiquée après avoir inventé «l'interdiction de choquer»

Ségolène Royal, alors ministre de l'Écologie, lors de l'hommage au policier Xavier Jugelé, le 25 avril à la préfecture de Police de Paris.

Ségolène Royal, alors ministre de l'Écologie, lors de l'hommage au policier Xavier Jugelé, le 25 avril à la préfecture de Police de Paris.

Par: lefigaro.fr - Seneweb.com | 16 novembre, 2020 à 15:11:02 | Lu 637 Fois | 3 Commentaires

En posant à la liberté de caricature une «limite» inexistante dans le droit, l'ex-ministre socialiste a indigné lundi une partie de la classe politique.

L'«interdiction de choquer», nouvel obstacle à la liberté d'expression ? Ségolène Royal a été critiquée par de nombreux responsables politiques, lundi, pour avoir défendu cette «limite» pourtant absente du droit français. «La liberté, oui», a d'abord insisté sur CNews l'ex-ministre socialiste de l'Écologie. «Mais la liberté n'est pas le droit de faire n'importe quoi. (...) Il y a des droits et des devoirs», parmi lesquels «la fraternité», a-t-elle poursuivi, avant d'en donner sa définition. «C'est quoi, la fraternité ? C'est l'interdiction de choquer, d'humilier, c'est la prise en considération de la souffrance des autres».

Selon l'ex-candidate à la présidentielle de 2007, «certaines» caricatures de Mahomet publiées par l'hebdomadaire Charlie Hebdo, en particulier les «caricatures pornographiques», sont «insultantes». «Je ne suis pas pour l'interdiction des caricatures», mais «je comprends que certains se sentent insultés, y compris des musulmans qui ne sont absolument pas intégristes, ni radicaux», a-t-elle souligné. «Ils (en) ont le droit, c'est leur liberté».

Droit très protégé en France

Ce plaidoyer en faveur d'un usage prudent de la liberté d'expression tranche avec la très protectrice législation française, qui punit les abus comme l'injure, la diffamation ou l'incitation à la haine et à la discrimination, mais pas l'«interdiction de choquer». Il a provoqué de vives réactions dans la classe politique. «Nous ne souffrons plus vos petits arrangements avec la liberté d'expression», a répliqué sur Twitter Olivia Grégoire, secrétaire d'État chargé de l'Économie sociale.

«Ségolène (Royal) crée le délit de blasphème et oublie accessoirement que l'équilibre, aujourd'hui, c'est celui entre des crayons et des kalachnikovs ou des décapitations», a renchéri le président du Parti radical de gauche, Guillaume Lacroix. Au sein de la direction des Républicains (LR), Lydia Guirous voit dans ces propos une «illustration de la lâcheté, sous couvert de "mesure" et de "fraternité"».

«Liberté de blasphémer»

Le débat sur la liberté d'expression a été relancé après l'assassinat de l'enseignant Samuel Paty, tué par un islamiste le 16 octobre devant son collège de Conflans-Saint-Honorine (Yvelines), après avoir montré, lors d'un cours sur la liberté d'expression, des caricatures du prophète Mahomet publiées dans Charlie Hebdo.

Le président Emmanuel Macron avait alors défendu «la liberté de blasphémer» en France, provoquant une poussée de fièvre anti-française dans le monde arabo-musulman, et même la retenue du premier ministre canadien Justin Trudeau. La France «ne va pas changer» son droit «parce qu'il choque ailleurs», a réaffirmé le chef de l'État dans un entretien à la revue Le Grand continent, paru lundi. Dans la classe politique française, quelques rares voix ont émis des réserves à ce droit, à l'image du chef de file des sénateurs Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, qui a appelé à une «forme de respect» dans les caricatures.

Un cas tranché par la justice en 2007

En 2007, lors du «procès des caricatures» de Mahomet, le tribunal de grande instance de Paris avait reconnu le «caractère choquant voire blessant», «pour la sensibilité des musulmans», du dessin publié l'année précédente par Charlie Hebdo, représentant le prophète Mahomet coiffé d'un turban cachant une bombe. Mais les juges avaient estimé que «les limites admissibles de la liberté d’expression» n'avaient pas été «dépassées», ne notant aucune «volonté délibérée d'offenser directement et gratuitement l'ensemble des musulmans».

«Le dessin litigieux (participe) au débat public d'intérêt général», avaient-ils conclu. Attaqué par des associations musulmanes, l'hebdomadaire satirique n'avait pas été condamné. Il a republié début septembre ces caricatures, avant l'ouverture du procès de l'attentat qui a fait 12 victimes dans sa rédaction en janvier 2015.

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Comment réfléchir en toute liberté sur la liberté d’expression

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Lettre aux professeurs d’histoire-géographie ou comment réfléchir en toute liberté sur la liberté d’expression

par François Héran , le 30 octobre 2020

Télécharger l'article : https://laviedesidees.fr/Lettre-aux-professeurs-d-histoire-geographie.html

Comment enseigner la liberté d’expression ? Par son histoire, propose François Héran, moins républicaine qu’on ne croit et plus respectueuse des croyances. Au lieu d’en faire un absolu, il est temps d’observer que ses conditions d’exercice se déploient dans un temps et un espace déterminés.

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Des professeurs d’histoire-géographie m’ont consulté au sujet du cours d’éducation civique et morale qu’ils devront dispenser à l’issue des vacances de la Toussaint. Comment rendre hommage à Samuel Paty, odieusement assassiné le 16 octobre par un jeune djihadiste tchétchène parce qu’il avait commenté en classe des caricatures de Mahomet ? Quel sens donner à la liberté d’expression ? Comment défendre les valeurs républicaines sans nous isoler du reste du monde ? Certes, les enseignants bénéficieront du « cadrage » préparé par l’Éducation nationale. Certes, ils pourront s’inspirer du fervent hommage rendu par le président Macron dans la cour de la Sorbonne. Et, s’ils le souhaitent, ils pourront revenir sur la lettre de Jean Jaurès aux instituteurs. Mais, si la liberté d’expression nous est chère, nous devons pouvoir lui appliquer aussi notre libre réflexion, à condition de l’appuyer sur des données avérées. C’est le sens des conseils que je me permets de donner ici.

Retour aux textes

Premier conseil : faire découvrir aux élèves des textes « républicains » restés un peu dans l’ombre ces derniers temps. Plus souvent citée que lue, la lettre de Jules Ferry aux instituteurs posait des limites à l’enseignement de la morale : « Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire ; sinon, parlez hardiment » (17 novembre 1883). En pleine discussion de la loi sur l’obligation scolaire et la laïcité de l’école primaire publique, Ferry était allé plus loin encore : « Si un instituteur public s’oubliait assez pour instituer dans son école un enseignement hostile, outrageant pour les croyances religieuses de n’importe qui, il serait aussi sévèrement et rapidement réprimé que s’il avait commis cet autre méfait de battre ses élèves ou de se livrer contre eux à des sévices coupables. » (11 mars 1882). Vous avez bien lu : outrager les croyances religieuses des élèves, c’est aussi grave que de leur infliger des châtiments corporels ou abuser d’eux.

Faut-il en conclure que toutes les religions méritent le respect ? Oui, répond l’article 1er de la Constitution de 1958 : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ». La dernière phrase peut choquer dans le contexte actuel. Certains rêvent peut-être de la modifier et d’affirmer que la République « ne respecte aucune croyance ». Mais, pour l’heure, tel est bien le texte de notre constitution.

Quid, alors, de la « liberté d’expression », cette valeur suprême de la République ? Avec tout le tact nécessaire, vous expliquerez aux élèves que la législation française ne consacre pas littéralement la « liberté d’expression » : la loi de 1881 porte sur la liberté de la presse. D’autres textes évoquent la liberté d’opinion ou de conscience. Mais la « liberté d’expression » va plus loin, elle inclut tous les thèmes et les supports possibles, tout en revêtant une dimension plus individuelle. Ses contours sont si indéfinis qu’elle est presque synonyme de liberté tout court. Comme l’attestent les bases de données du vocabulaire français dressées à partir des millions de textes imprimés depuis 1730, « liberté d’expression » ne décolle dans le vocabulaire juridique et le langage courant qu’à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Elle était inconnue sous la IIIe République : on l’employait dans un sens esthétique (« peindre un sujet avec une grande liberté d’expression »).

La notion apparaît pour la première fois dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme (1948), couplée à la liberté d’opinion : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. » Le texte a été préparé par le Canadien John Peters Humphrey, chef de la division des Droits de l’Homme aux Nations unies, et révisé par le Français René Cassin, vice-président du comité de rédaction de la déclaration. « Liberté d’expression » est la version française de freedom of expression. C’est seulement en 1950, dans l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme, que la locution « liberté d’expression » apparaît seule, dans la plénitude de son sens actuel.

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On s’imagine que nos plus hautes valeurs sont toutes d’origine « républicaine » et ne doivent rien au monde anglo-saxon, volontiers traité en repoussoir. C’est inexact et les élèves doivent le savoir. La « liberté de la presse » elle-même n’est pas fille de la Révolution française, encore moins de la loi de 1881 : on la doit au Virginia Bill of Rights, la Déclaration des droits de Virginie, promulguée en 1776, d’où elle gagnera le reste des États-Unis, puis le monde occidental.

Droits et devoirs de la liberté d’expression

Le Palais des droits de l’homme, Strasbourg

Sur la liberté d’expression, on lira avec profit, à condition de la compléter, la tribune récente (Le Monde du 26 octobre) de Christophe Bigot, spécialiste du droit des médias et avocat de groupes de presse. Il cite le fameux arrêt Handyside, rendu le 7 décembre 1976 par la Cour européenne des droits de l’homme :
« La liberté d’expression constitue l’un des fondements essentiels d’une société démocratique, l’une des conditions primordiales de son progrès et de l’épanouissement de chacun. Sous réserve des restrictions mentionnées notamment dans l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme, elle vaut non seulement pour les informations ou les idées accueillies avec faveur, ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l’État ou une fraction quelconque de la population. Ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sans lesquels il n’y a pas de société démocratique. » Si l’on veut honorer la mémoire de Samuel Paty, conclut l’avocat, voilà un « idéal intangible ». Vous remarquerez au passage qu’il est question de démocratie et non de république. La République, en l’espèce, n’est qu’une variante de la démocratie.

Demandez alors à vos élèves de lire l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme :

Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontière (…).

Mais voici le second alinéa :

L’exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions, prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l’intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d’autrui (…).

La liste est longue des « devoirs et responsabilités » qui encadrent la liberté d’expression. Qui donc les définit ? Cela incombe à chaque pays. La Cour de Strasbourg ne juge pas à la place des États souverains, elle vérifie qu’ils régulent la liberté d’expression de façon « proportionnée » par rapport à leur propre législation et à l’état des mœurs. En l’espèce, l’arrêt Handyside de 1976 cité par Me Bigot concluait que les autorités britanniques n’avaient aucunement violé l’article 10 de la convention en ordonnant la saisie et la destruction d’un manuel d’éducation sexuelle pour enfants jugé contraire aux bonnes mœurs britanniques ! Il est donc paradoxal d’invoquer cet arrêt pour honorer la mémoire de Samuel Paty. S’il doit retenir l’attention des élèves, c’est sur un point précis : la liberté d’expression peut inclure l’expression d’idées choquantes ou blessantes, mais toujours dans les conditions admises par la loi.

Liberté offensive ou tolérante ?

Mais alors, que répondre à un élève qui vous opposerait l’article 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : «  la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui  » ? Comme le souligne le politiste Denis Ramond (Raisons politiques 2011/4 et 2013/4), deux interprétations s’opposent : offensive ou tolérante. Dans la lecture offensive, celle de la Cour de Strasbourg, toute parole ou image, même offensante, alimente le débat public et, donc, sert la démocratie. Elle serait bénéfique pour tous, y compris pour la minorité offensée. Une telle position est typiquement « paternaliste » : l’auteur de l’affront sait mieux que ses victimes ce qui est bon pour elles ; il estime que la blessure sera effacée par le surcroît de lumières ainsi dispensé. À la limite, l’offensé devrait remercier l’offenseur de cette belle leçon de liberté, y compris quand le donneur de leçon est un chef d’État étranger. Vous inviterez vos élèves à illustrer les effets de cette théorie à l’aide d’exemples récents.

L’autre interprétation du droit de libre expression prend au sérieux le principe de non-nuisance affirmé en 1789 et le principe du respect des croyances posé en 1882 par Jules Ferry et rappelé dans la Constitution de 1958. C’est une interprétation foncièrement pluraliste. Sur la pluralité des valeurs, vos élèves liront avec profit le philosophe Paul Ricœur (entretien avec Anita Hocquard publié en 1996 dans Éduquer, à quoi bon ?) :

Nous ne vivons pas dans un consensus global de valeurs qui seraient comme des étoiles fixes. C’est là un aspect de la modernité et un point de non-retour. Nous évoluons dans une société pluraliste, religieusement, politiquement, moralement, philosophiquement, où chacun n’a que la force de sa parole. Notre monde n’est plus enchanté. La chrétienté comme phénomène de masse est morte […] et nos convictions ne peuvent plus s’appuyer sur un bras séculier pour s’imposer. […] Préparer les gens à entrer dans cet univers problématique m’apparaît être la tâche de l’éducateur moderne. Celui-ci n’a plus à transmettre des contenus autoritaires, mais il doit aider les individus à s’orienter dans des situations conflictuelles, à maîtriser avec courage un certain nombre d’antinomies.

Et Ricœur de citer trois exemples d’antinomies : préserver l’autonomie de chacun tout en entrant dans un espace public de discussion, appartenir à une tradition vivante sans exclure la présence d’autres traditions, avoir des convictions personnelles tout en pratiquant « une ouverture tolérante à d’autres positions que la sienne ». Il faudra expliquer aux élèves que le pluralisme selon Ricœur n’est pas synonyme de relativisme : c’est une valeur fondamentale de la démocratie.

NUL N’EST PROPRIÉTAIRE DE LA RÉPUBLIQUE

Comment trancher entre ces deux visions de la liberté d’expression, l’offense charitable et le respect d’autrui ? Un procédé expéditif consiste à reformuler le dilemme en termes psychologiques ou moralisants : vous serez « courageux » si vous persistez à offenser l’autre, « lâche » dans le cas contraire. Apprenez donc à vos élèves à ne pas tomber dans un piège sémantique aussi grossier. Cessons de diviser la nation en taxant nos contradicteurs d’« ennemis de la République » ou d’« ennemis de la France » : c’est une façon indigne de les exclure du débat et de les exclure de la nation. Personne n’est propriétaire de la République. Nous avons encore le droit d’accorder un minimum de considération aux croyants ou incroyants sans être accusés de complaisance avec les assassins. Les fidèles musulmans habitués à diviser le monde entre croyants et « mécréants » devront d’ailleurs en tirer les conséquences : c’est au prix de cette révolution mentale qu’ils pourront s’intégrer à la nation. Vous rappellerez aux élèves que la Déclaration universelle des droits de l’homme affirme le droit de changer de religion ou de ne plus croire : c’est la raison pour laquelle l’Arabie saoudite a refusé d’y souscrire. Et si un élève trop cartésien cherchait à savoir pourquoi notre République laïque tisse des liens si forts avec le régime wahhabite, mieux vaut renvoyer la question à la cellule laïcité du rectorat.

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Un conseil de Paul Ricœur aux éducateurs

Paul Ricœur, 2003

Un synonyme fréquent de la prétendue « lâcheté » de ceux qui osent prendre en compte l’existence d’autrui est la « complaisance » ou la « compromission ». Dans l’entretien déjà cité, Ricœur fournit l’antidote à ces sophismes :

Le compromis, loin d’être une idée faible, est une idée au contraire extrêmement forte. Il y a méfiance à l’égard du compromis, parce qu’on le confond trop souvent avec la compromission. La compromission est un mélange vicieux des plans et des principes de références. II n’y a pas de confusion dans le compromis comme dans la compromission. Dans le compromis, chacun reste à sa place, personne n’est dépouillé de son ordre de justification.

On peut appliquer cette leçon à l’accusation infamante de « complaisance » envers le djihadisme ou d’« islamo-gauchisme » – le type même de la formule magique d’exécration qui substitue l’injure à l’analyse et n’a pas sa place en démocratie. Intégrer l’existence d’autrui dans sa vision du monde, ce n’est pas pratiquer la haine de soi, c’est sortir de soi pour se grandir. À condition, bien sûr, que l’effort soit réciproque.

Dans un tweet diffusé à l’attention des pays musulmans, le président Macron écrit : « Nous continuerons. Nous nous tiendrons toujours du côté de la dignité humaine et des valeurs universelles ». Dignité étant effectivement le maître-mot, je ne vous conseille pas d’examiner une à une avec vos élèves les caricatures de Charlie Hebdo, mais plutôt de faire un cours sur l’histoire de la caricature politique et religieuse en France. Vos élèves comprendront qu’en ce domaine comme en d’autres, il y a le meilleur et le pire. Tout le monde n’est pas Daumier, Nadar ou Doré ou, de nos jours, Chappatte, Dilem, Pétillon ou Plantu. Le talent artistique de Cabu reste indépassé, de même que l’autodérision sur nos obsessions sexuelles chère à Wolinski. On connaît la Une de Charlie du 8 février 2006, où Cabu campe le prophète en pleurs s’écriant : « C’est dur d’être aimé par des cons ! », avec cette légende surimprimée : « Mahomet débordé par les intégristes ». La cible est clairement définie, alors que la caricature de Coco, « Une étoile est née », représentant Mahomet nu en prière, offrant une vue imprenable sur son postérieur, visait l’islam tout court. Les attentats, depuis, ont sacralisé toutes les caricatures sans distinction. Comment expliquer aux élèves que nous sommes arrivés au point où c’est justement quand la caricature est nulle, réduite à sa fonction la plus dégradante, sans dimension artistique, humoristique ou politique, qu’elle est censée illustrer à l’état pur la liberté d’expression et nos plus hautes valeurs républicaines, y compris l’affirmation de la dignité humaine ? À l’impossible nul n’est tenu.

POUSSÉE À L’ABSOLU, LA LIBRE EXPRESSION NE TOLÈRE PLUS LA LIBRE CRITIQUE

À la question de savoir si j’ai encore le droit, au pays de la libre expression, de m’indigner du caractère offensant de certaines caricatures sans être accusé de haïr la République, la pesante atmosphère qui règne aujourd’hui me dit que non. Poussée à l’absolu, la libre expression ne tolère plus la libre critique. Les textes constitutionnels que j’ai cités ont beau évoquer le respect des croyances, on peut dire que les djihadistes ont atteint leur but : nous pousser à bout, ériger les caricatures en absolu, au risque d’isoler la France. Vos élèves liront avec profit le sage éditorial de Soulayma Mardam Bey dans le quotidien francophone libanais L’Orient-Le Jour (27 octobre 2020) : « Pour beaucoup de Français, les caricatures sont aujourd’hui le symbole même de leur identité. Pour beaucoup de musulmans au Moyen-Orient, elles sont la négation de la leur. Ce dialogue de sourds prend actuellement des proportions démesurées, chacun se drapant dans une conception puriste et quelque peu anachronique de qui il est, la République pour les uns, l’islam pour les autres, comme si l’une et l’autre, en plus d’être par nature inconciliables, répondaient de surcroît à des critères immuables, hermétiques au temps et à l’espace. »

De fait, il est tout aussi vain de camper sur l’unicité de la République, source exclusive de toute valeur, que de pousser à l’extrême l’idéologie politique de l’unicité en islam, la fameuse tawhid. Professeurs d’histoire-géographie, votre mission est justement de rappeler que nous sommes plongés dans le temps et dans l’espace, que nos valeurs les plus chères, y compris la liberté d’expression, ont une histoire souvent venue d’ailleurs, et que nous devons garder prise sur leur définition et leurs conditions d’exercice. Je sais : cette tâche dépasse vos forces et le « cadrage » officiel a ses limites. Mais si vous voulez faire de vos élèves des citoyens et, tout simplement, des adultes, apportez-leur tous les éléments du débat, comme j’ai essayé de le faire ici. Ne les enfermez pas dans des vérités toutes faites. Ils méritent mieux que cela.

par François Héran, le 30 octobre

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ZERO DECHET SENEGAL

 
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Association Zéro Déchet Sénégal

Zéro Déchet Sénégal est une association de protection de l’environnement qui milite pour la réduction et une gestion plus durable des déchets. Au Sénégal, la production de déchets est estimée à 190 kg par an et par habitant (plus de 700 kg aux Etats-Unis). Ils sont majoritairement abandonnés ou brûlés, ce qui entraîne des pollutions considérables sur les sols, l’air et l’océan. Face à cette situation, Zéro Déchet Sénégal propose une démarche de réduction des déchets et du gaspillage, qui vise à réduire la production des déchets et à mieux valoriser ceux qui sont produits.

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Concrètement, l’association agit à 2 niveaux :

-        En tant que lanceur d’alerte, Zéro Déchet Sénégal fait connaître les enjeux et les problématiques liés à la gestion des déchets

-        Sur le terrain, Zéro Déchet Sénégal aide les collectivités, les entrepreneurs, les entreprises, les associations et les citoyens dans leurs projets de réduction des déchets et du gaspillage.

L’Association mène des activités variées (conférences, ateliers, stands d’information, forum en ligne, conseil, etc.) afin de répondre à ses objectifs.  

 

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La démarche zéro déchet, zéro gaspillage

Il est de plus en plus admis que les modes de production et de consommation à l’échelle globale ne sont pas durables. Dans un pays comme le Sénégal, la production des déchets augmente rapidement avec l’augmentation de la population urbaine, et le développement. Les structures de gestion des déchets ne sont pas à même de gérer ce flux de déchets toujours plus important. Par ailleurs, des déchets sont importés en masse des pays développés, qui produisent eux-mêmes toujours plus de déchets. Les pays en développement sont ceux qui paient le plus lourd tribut de la mauvaise gestion des déchets à l’échelle globale, et cette situation va s’empirer si l’on reste dans une trajectoire « business as usual ».

Il est temps aujourd’hui d’opérer un changement de paradigme, en allant bien plus loin que l’intégration du recyclage dans la gestion des déchets. On ne peut pas produire toujours plus de déchets sous prétexte qu’ils sont recyclables, mais on doit en produire moins et les gérer autrement. Aujourd’hui, à travers le monde, de nombreuses villes, collectivités, entreprises et citoyens sont déjà engagés dans cette démarche de réduction des déchets et du gaspillage (mouvement « zero waste ») et nous pouvons nous inspirer de ces exemples, tout en nous adaptant aux réalités locales et en promouvant un développement juste et inclusif pour les populations. 

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Optimiser et allonger l’usage

Au Sénégal, l’usage des biens est prolongé par la récupération, très développée, de la grande majorité des biens de consommation utilisés dans le pays, mais également des biens importés en provenance de pays développés. La réutilisation des emballages est également développée dans les foyers et par nombre de petits commerçants. Cette récupération n’est souvent pas vue de manière positive, pour son impact réduit sur l’environnement, mais plutôt comme une obligation pour des personnes qui n’ont pas les moyens de faire autrement. La tendance actuelle va cependant vers une diminution de la réutilisation, avec par exemple la distribution massive de produits neufs, à bas prix, et la multiplication des produits vendus en emballage individuel.

La démarche zéro déchet, zéro gaspillage vise à maximiser l’usage en promouvant la réutilisation, mais également le partage et la mutualisation des biens.

En ce qui concerne les emballages, les modes de distribution reposant sur le « jetable », qui sont en expansion rapide, sont écartés au profit de système basés sur la réutilisation (consigne, vente en vrac).

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Préserver la matière

Le compostage et/ou le recyclage permettent de valoriser la matière le plus efficacement possible. Cela signifie que l’on devrait séparer le plus en amont possible, c’est-à-dire au sein des foyers et des entreprises, les flux de déchets, et les traiter séparément. Actuellement, la séparation des déchets à la source est très peu développée au Sénégal. Il existe pourtant des infrastructures de recyclage et de compostage. C’est cette gestion séparée qui permet de réduire le recours à l’incinération et au stockage et de préserver au mieux les ressources naturelles utilisées dans les processus de fabrication.

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Adhérer

En tant que citoyen, vous pouvez agir pour le zéro déchet et soutenir le mouvement en adhérant à Zéro Déchet Sénégal. Devenir adhérent c'est donner les moyens d'agir pour faire avancer la démarche sur le terrain. 

Vous pouvez aussi devenir membre actif en participant à nos activités.

L’adhésion est à tarif libre. Contactez-nous directement pour adhérer, ou faites-le lors de nos prochains événements.

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Nous retrouver :
- En ligne : www.zerowastesenegal.org et notre page Facebook Zéro Déchet Sénégal
- Contact : info@zerowastesenegal.org