LES TIRAILLEURS , CES OUBLIES DE L'HISTOIRE COLONIALE

Tirailleurs sénégalais en faction dans le maquis algérien pendant la guerre d'Algérie. © ECPAD

Tirailleurs sénégalais en faction dans le maquis algérien pendant la guerre d'Algérie. © ECPAD

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Docu télé – France 5 : « Les Derniers Tirailleurs » racontent

À partir de témoignages d'anciens tirailleurs sénégalais, ce film jette une lumière crue sur une page sombre de l'histoire de France.

Par Le Point Afrique Publié le 25/09/2020

Les tirailleurs sénégalais sont au cœur de l'histoire de France depuis 1857. C'est cette année-là que les généraux Faidherbe et Mangin créent à Saint-Louis du Sénégal la Force noire. Ils ont participé à toutes les phases de la conquête coloniale en Afrique, puis à celle de Madagascar, vers 1890, et à ce qu'on a appelé la « pacification » du Maroc, à partir de la fin du XIXe siècle.

D'un effectif de 15 000 personnes, en 1914, ils étaient déjà 200 000 personnes et ne venaient plus seulement du Sénégal mais de toutes les nations africaines dépendant alors de l'Empire français. Ces tirailleurs ont été de tous les combats, des tranchées de 14-18 au débarquement de Provence en passant par les rizières d'Indochine et les montagnes d'Algérie.

Ils ont servi l'armée française dans ses pages les plus glorieuses : la libération de Toulon, le débarquement de Provence. Mais aussi dans des moments plus sombres, comme la répression du soulèvement du Constantinois en Algérie en mai 1945 ou la répression à Madagascar en 1947.

Ils se firent particulièrement remarquer à la prise du fort de Douaumont, en 1916. Trente mille d'entre eux moururent au champ d'honneur. En 1939, 140 000 furent engagés dans la bataille et 24 000 furent faits prisonniers ou tués. Sans eux, il n'y aurait eu ni Bir Hakeim, ni la Marne, ni la conquête de l'île d'Elbe, ni la prise de Toulon.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands choisissent de maintenir leurs prisonniers africains en France pour des questions de « pureté raciale ». Les tirailleurs ont donc été envoyés dans des fermes, des usines, des exploitations forestières, vivant quasiment au sein de la société française.

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Un travail de mémoire salutaire

Mais durant la chute de l'Empire colonial, tout change. Les derniers tirailleurs d'origine guinéenne, qui pourtant se sont battus sous les couleurs tricolores, sont rejetés par la France et par leur pays d'origine, qui les voit comme des traîtres, des mercenaires au service du colonisateur. Internés au camp de Rivesaltes en 1964, ces soldats guinéens, derniers tirailleurs, racontent la triste fin de la force noire.

À partir des années 2000, les Africains ont commencé à se réapproprier cette histoire, et surtout à voir ces tirailleurs différemment de leurs aînés qui ont pu les considérer, aux indépendances, comme des collaborateurs de l'État colonial.

Par exemple, dès 2004, le rond-point situé face à la gare ferroviaire de Dakar a été rebaptisé « Place du Tirailleur ». Au milieu trône une statue d'un poilu et d'un combattant sénégalais, côte à côte. Depuis lors, une journée d'hommage aux soldats africains des deux guerres mondiales est célébrée chaque année.

De l'autre côté, il faudra attendre plusieurs décennies et la sortie du film Indigènes en 2006 pour que la République française leur rende enfin justice. Comme leurs frères d'armes français, ils touchent désormais 336 euros tous les six mois.

Depuis, que sait-on de leur histoire ? Que reste-t-il de leurs récits ? Pour la première fois, un documentaire leur donne la parole.

Âgés de 86 à 89 ans, ils s'appellent Yao, Manoula, Keïta ou Abdoulaye, et ont sorti pour l'occasion leurs calots et leurs médailles qu'ils ont accrochés au revers de leurs vestes. Dignes et silencieux, ils racontent leurs souvenirs, intacts de leurs années de guerre, mais aussi la triste fin de la force noire. Jean-Yves Le Naour et le réalisateur Cédric Condon ont fait le choix d'aller à la rencontre de ces anciens combattants africains obligés de résider six mois par an en foyer Sonacotra en France pour toucher l'intégralité de leur pension.

Tierno Monénembo - Tirailleurs : le grand réveil de l'histoire africaine de la France

CHRONIQUE. Tout donne à penser qu'il y aura un avant et un après-discours de Saint-Raphaël à propos de ces héros de l'ombre, « ces dogues noirs de l'Empire… que personne ne nomme » pour paraphraser Senghor.

Par Tierno Monénembo Publié le 09/09/2019 à 10:49 | Le Point.fr

Le discours fait à Saint-Raphaël sera-t-il suivi de concret ou restera-t-il un simple effet d'annonce ? Croisons les doigts. Les promesses sont rarement tenues quand il s'agit de l'Afrique. Il reste que le geste de Macron est sans précédent. Jamais un président français n'avait été aussi loin dans le souci de la vérité historique : après avoir assimilé la colonisation à un crime contre l'humanité, voilà qu'il exhorte les maires à donner aux tirailleurs sénégalais les noms de leurs rues et de leurs places. Une occasion pour nous de pousser un « ouf » de soulagement et, pour la France, de réparer une cruelle injustice

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La réparation d'une injustice flagrante

En effet, les tirailleurs sénégalais lui ont beaucoup donné et rien, sinon très peu, reçu en retour. Alors qu'ils se trouvaient souvent aux avant-postes et effectuaient les missions les plus périlleuses, ces « chairs à canon » comme on les surnommait dans les tranchées furent jetées comme des pneus crevés dès que sonna le clairon de l'armistice. Pensez donc ! Jusqu'en 2007, leurs prestations valaient à peine la moitié de celles de leurs collègues blancs. Les métropolitains touchaient alors 400 euros, eux 190 ; les Algériens 90 et les Vietnamiens, à peine 40. Et si ces prestations ont été revalorisées depuis lors, elles ne concernaient que la pension du feu, à savoir la retraite du combattant et la pension militaire d'invalidité. Et si elles ont été revalorisées depuis, il a fallu attendre 2010 pour que la mesure soit étendue à la pension de retraite et indexée sur les prestations de leurs collègues français. En bref, une ségrégation parfaitement légale sous le toit d'une République connue pour ses intarissables leçons sur la liberté, l'égalité, la fraternité, les droits inaliénables de l'homme et tutti quanti.

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Retrouver leur vraie place...

Pourtant, la réalité est là, aussi irréfutable que l'éléphant d'Alexandre Vialatte : les tirailleurs sénégalais sont au cœur de l'histoire de France, et ce, depuis 1857. C'est cette année-là que les généraux Faidherbe et Mangin créèrent à Saint-Louis du Sénégal la Force noire, un effectif de 15 000 personnes qui participa à la conquête de Madagascar et à la « pacification » du Maroc. En 1914, ils étaient déjà 200 000 personnes et ne venaient plus seulement du Sénégal mais de toutes les colonies d'Afrique noire. Ils se firent particulièrement remarquer à la prise du fort de Douarmont, en 1916. 30 000 d'entre eux moururent au champ d'honneur. En 1939, 140 000 furent engagés dans la bataille et 24 000 furent faits prisonniers ou tués. Sans eux, il n'y aurait eu ni Bir-Hakeim, ni la Marne, ni la conquête de l'île d'Elbe, ni la prise de Toulon.

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... dans l'histoire de France

Ces soldats sans peur et sans reproche que le maréchal Foch appréciait particulièrement méritent d'occuper la place qui leur revient dans l'histoire de France. En ce sens, le discours fait à Saint-Raphaël ne se perçoit pas comme un geste de générosité, mais comme la reconnaissance d'un dû. Quoi de plus normal que dès demain – pourquoi pas dès ce soir ? - les petits Français découvrent une place, un pont, une rue baptisé du nom d'un Africain et d'interrogent. On pourra par exemple leur répondre que le capitaine N'Tchoréré fut un illustre officier d'origine gabonaise tué à la bataille d'Airennes en 1940 après avoir tenu compte avec sa compagnie à une colonne de chars allemands, que Yorgui Koli était un tirailleur originaire du Tchad qui s'est illustré dans les batailles de Giromagny et de Belfort en novembre 1944, qu'Addî Bâ, d'origine guinéenne, a fondé le maquis de la Délivrance dans les Vosges et a été fusillé par les Allemands en 1943. Seulement, les rues et les ponts ne suffiront pas, président Macron. Il faudra aussi – j'allais dire surtout – une bonne dose de pédagogie. Il est grand temps que la France raconte à ses enfants son histoire africaine sans autre souci que celui de rétablir les faits tels qu'ils se sont déroulés.

Le capitaine Charles N'Tchoréré (1896-1940) a donné son nom à une rue à Airennes mais aussi au Prytanée militaire de Saint-Louis du Sénégal. © DR

Le capitaine Charles N'Tchoréré (1896-1940) a donné son nom à une rue à Airennes mais aussi au Prytanée militaire de Saint-Louis du Sénégal. © DR

Charles N'Tchoréré, ce héros français d'Airaines venu du Gabon 

SOUVENIR. Mort le 7 juin 1940, ce capitaine a donné son nom au prestigieux Prytanée militaire de Saint-Louis, au Sénégal, dont la devise est « Savoir pour mieux servir ».

Par Le Point Afrique Publié le 19/08/2014 à 17:10 | Le Point.fr

Le capitaine Charles N'Tchoréré a été tué à Airaines par un  soldat de la division Panzer de Rommel qui n'a pas accepté de traiter l'Africain qu'il était comme un officier violant ainsi les lois de la guerre.  © DR

C'est le 15 novembre 1896 que Charles N'Tchoréré naît au Gabon, à l'époque une colonie française de l'Afrique-Équatoriale française (AEF). Son parcours de vie s'achèvera au champ d'honneur le 7 juin 1940 à Airaines du fait d'un acte anti-militaire d'un soldat de la division de panzers de Rommel qui ne supportait pas de voir ce capitaine noir de l'armée française revendiquer un traitement d'officier alors que sa compagnie se rendait faute de munitions. D'ailleurs, tuer Charles N'Tchoréré n'aura pas suffi. Un char allemand lui roulera dessus pour le broyer. Qu'importe, son honneur était sauf et c'est bien là l'essentiel. En ces temps de commémoration du Débarquement de Normandie, prélude à des victoires décisives contre toutes les barbaries dont le racisme actuellement au coeur de l'actualité, il convient de réveiller la mémoire d'un homme qui a fait son devoir et tenu à défendre son honneur de soldat jusqu'au bout .

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N'Tchoréré est engagé dès la Grande Guerre

Charles N'Tchoréré se trouve au Cameroun quand la guerre éclate en 1914. Employé dans une entreprise tenue par des Allemands, il retourne dans son pays d'origine, le Gabon, une colonie de l'Afrique-Équatoriale française, pour échapper à d'éventuelles représailles. Les combats font rage et s'éternisent. La France a besoin de bras valides. Elle fait donc appel à ses "indigènes". Avec l'accord de son père, Charles s'engage en 1916. À la fin de la guerre, il sera élevé au grade de sergent. Il décide par la suite de faire carrière dans l'armée française. Pour sa première mission, il est envoyé au Maroc, où un certain Abdel el-Krim et ses hommes ont pris les armes pour réclamer une République sécessionniste. Nous sommes en 1919.

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Il passe par l'École des officiers d'outre-mer de Fréjus

Dès son retour en France, Charles N'Tchoréré intègre l'École des officiers d'outre-mer de Fréjus. Il en sort major en 1922. Puis il part de nouveau en mission. Direction la Syrie. Charles N'Tchoréré n'aura pas de chance cette fois. Il est grièvement blessé à la mâchoire au cours des combats. On lui décerne la croix de guerre avec étoile d'argent pour son courage exemplaire. Remis de sa blessure, il est affecté dans l'administration. Il rédige des articles pour La Revue des troupes coloniales et un rapport sur la promotion sociale des sous-officiers indigènes. Il demande ensuite sa mutation au Soudan, où il prend le commandement de la compagnie hors rang du 2e régiment des tirailleurs sénégalais à Kati. Il dirige parallèlement une école des pupilles de l'armée. En 1933, Charles N'Tchoréré est nommé capitaine. Une belle fin de carrière en perspective l'attend au Sénégal à la tête du 1er régiment des tirailleurs sénégalais.

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La Seconde guerre mondiale déclarée, il revient en métropole pour combattre

Mais lorsque la France et l'Allemagne entrent en guerre en septembre 1939, il abandonne tout et vole au secours de la métropole. Il prend le commandement de la 5e compagnie du 53e régiment d'infanterie colonial mixte sénégalais. Ses hommes et lui ont pour mission de défendre la commune d'Airaines, près d'Amiens, de la menace nazie, ce qu'ils vont faire avec bravoure malgré les difficultés de communication. Quelques éléments de sa troupe, des Africains, ne parlent pas français. Mais Charles N'Tchoréré sait les galvaniser. Et quand, le 5 juin 1940, les Allemands commencent à bombarder la bourgade, le bataillon ne plie pas. Il résiste et tient tête à l'armée d'Hitler, qui perd huit de ses chars. Une soixantaine d'Allemands sont faits prisonniers.

Malheureusement, les Français sont à court de munitions. Ils tentent donc un repli vers le sud. Pour couvrir leur fuite, Charles N'Tchoréré reste à Airaines avec une poignée de soldats. Après soixante-douze heures de combat, le natif de Libreville et quinze de ses hommes rendent les armes. Les Allemands sont en admiration. Ils ne s'attendaient pas à une telle résistance et leur surprise est grande de devoir traiter avec un capitaine des colonies. Mais contrairement au règlement militaire, certains d'entre eux veulent le séparer des officiers blancs. Charles N'Tchoréré proteste et revendique, en allemand, son statut d'officier. Un soldat sort son arme et l'abat froidement, malgré les protestations des prisonniers allemands qui venaient d'être libérés.

La stèle en mémoire de Charles N'Tchoréré et des combattants d'Afrique noire, à Airaines, près d'Amiens. © DR

La stèle en mémoire de Charles N'Tchoréré et des combattants d'Afrique noire, à Airaines, près d'Amiens. © DR

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"Nos neveux seront fiers d'être français et pourront lever la tête sans honte"

Peu avant sa mort, Charles N'Tchoréré avait écrit à son fils Jean-Baptiste, qui mourra, lui aussi, au combat, quelques jours avant la défaite des troupes françaises et l'armistice de juin 1940. Il lui dit : "Mon fils, j'ai là sous les yeux ta dernière lettre. Comme je suis fier d'y trouver cette phrase : Quoi qu'il en arrive, papa, je serai toujours prêt à défendre notre chère patrie, la France. Merci, mon enfant, de m'exprimer ainsi ces sentiments qui m'honorent en toi... La vie, vois-tu, mon fils, est quelque chose de cher. Cependant, servir sa patrie, même au péril de sa vie, doit l'emporter toujours !" Et d'ajouter : "J'ai une foi inébranlable en la destinée de notre chère France. Rien ne la fera succomber et, s'il le faut pour qu'elle reste grande et fière de nos vies, eh bien, qu'elle les prenne ! Du moins, plus tard, nos jeunes frères et nos neveux seront fiers d'être français et ils pourront lever la tête sans honte en pensant à nous." Au-delà de cette citation, c'est bien l'histoire de l'Afrique et de la France qui se mêle. Pour l'honneur et la liberté. Contre la barbarie et le racisme. 

Histoire : tirailleurs, une mémoire vivante

VIDÉO. Après l'inauguration en novembre 2018 du Monument aux héros de l'Armée noire à Reims, hommage est à nouveau rendu aux combattants des Armées d'Afrique à l'occasion du 75e anniversaire du débarquement de Provence. Témoignages.

Par Esther Thwadi-YimbuModifié le 15/08/2019 à 11:38 - Publié le 13/11/2017 à 18:48 | Le Point.fr

Le 15 avril 2017, on a reparlé à nouveau des tirailleurs... ces anciens soldats africains ayant combattu sous le drapeau français. Car à la suite d'une pétition lancée par Aïssata Seck, petite fille de tirailleur sénégalais, réclamant l'attribution de la nationalité française pour ces anciens combattants, le désormais ex-président François Hollande décidait de « réintégrer » ces vétérans en leur accordant des titres officiels français. Et ce, près de soixante ans après la fin de leur enrôlement au sein de l'armée française... Que reste-t-il de leurs récits d'Indochine, de leurs nuits froides dans les montagnes d'Algérie ? Âgés de 86 et 89 ans, cette troisième génération de tirailleurs présente des souvenirs, intacts de leurs années de guerre.

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Une histoire chevillée au corps

Yoro Diao, 89 ans, nous reçoit dans sa coquette chambre du foyer Adoma. Le « doyen » des tirailleurs, à la voix claire, est rompu à l'exercice depuis sa récente médiatisation. Le vétéran commence, naturellement, à évoquer son enfance au Sénégal, à l'école française. Une scolarisation, interrompue par la Seconde Guerre mondiale, qui a vu ses enseignants français mobilisés dans l'Hexagone. À la fin de la guerre, le jeune garçon reprend ses études et enchaîne quelques petits boulots jusqu'au mois de mai 1951. Année décisive.

À tout juste 22 ans, Yoro Diao entre dans l'armée française par volontariat. Il intègre le 24e RTS, Régiment des tirailleurs du Sénégal. Après un stage en France, le jeune appelé fera ses premières armes en Indochine, en rejoignant le 24e régiment de marche en tant qu'infirmier-brancardier à Tonkin. Trente-six mois durant (au lieu de 24), il est éloigné de ses terres sénégalaises et de son Dagana natal. À peine cinq mois de congé plus tard que le sergent-chef prend de nouveau le bateau, direction : l'Algérie, au sein du 22e RIC, Régiment d'infanterie coloniale.

Au service des armées française et sénégalaise

À l'indépendance du Sénégal, Yoro Diao rejoint l'armée nationale durant vingt-six ans, après avoir servi la France durant dix ans. Sous la cadence des aiguilles de son horloge, Yoro Diao rythme ses souvenirs de guerre en faisant, par moments, quelques pauses, les yeux brillants. En évoquant l'Indochine, et ses allers-retours effectués sous le fracas des armes lourdes pour ramener les blessés et les morts, Yoro Diao répétera, par quatre fois, lors de son deuxième « baptême de feu », la centaine d'hommes tombés durant cette sombre année 1954. Comme une manière de ne pas oublier ses anciens compagnons...

Plusieurs fois décoré, par deux croix de guerre notamment, Yoro Diao a reçu la Légion d'honneur le 3 avril 2017. Une reconnaissance bienvenue pour l'ancien combattant, lui-même fils de tirailleur qui s'était engagé sous le drapeau français lors de la guerre 14-18.